Le mensonge en amitié

J’ai longtemps hésité à écrire sur ce sujet si difficile pour moi.
Comme tout le monde, j’ai vécu et subi le mensonge. Mais je ne souhaite à personne de vivre les mensonges qui m’ont blessés (et quelque part détruit en partie).

Il n’est jamais facile de raconter ses blessures, mais j’ai décidé d’en parler, pour libérer ces blessures enfouies par facilité.
Et pourtant, parler de mes émotions n’est pas une chose que je fais avec aisance.

Il existe tout un tas de raisons de mentir à quelqu’un : pour ne pas faire souffrir, par omission, par intérêt, par maladresse. Mais malheureusement, il y a aussi le mensonge volontaire dans l’optique de faire souffrir par la suite.

Tout le monde connaît cette célèbre phrase : Quand le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. Même si elle met plus de temps, la vérité finit toujours par arriver !
Aujourd’hui je m’apprête à vous parler de ces mensonges qui durent dans le temps et dont la vérité vient vous frapper aussi fort qu’une droite d’un boxeur.

Le plus gros mensonge que j’ai vécu, me vient d’une amie que j’aimais profondément.
Elle était malade, cette foutue mucoviscidose… J’ai passé des journées entières avec elle, j’ai fait des tas d’aller-retours pour aller la voir et la soutenir quand ça n’allait pas (et aussi pour profiter du temps que la vie nous accordait encore). Je me souviens de cette toux si particulière, qui finissait toujours par un petit « t’inquiète pas, tout va bien » et qui commençait souvent par « attention, je vais tousser », je me souviens de ces heures de route juste pour donner un sens au mot amitié.

Je me souviens aussi que sa santé était un sujet tabou à ne jamais évoquer en présence de sa mère, son père, et encore moins sur les réseaux. Et j’ai toujours respecté sa demande (c’est aussi ça l’amitié, accepter les choses même si on ne les comprend pas toujours).

J’ai vécu très difficilement l’annonce de son besoin de greffe urgente, j’ai pleuré cette nouvelle comme un départ précipité (je revois encore cette scène, son appel, comme si c’était hier et pourtant c’était en 2012 si ma mémoire est bonne).

En plus de tout ça, elle se faisait du mal (des tentatives de suicide et de la scarification à outrance sur les bras) et je peinais à comprendre pourquoi, refusant toute réelle explication. Elle semblait vouloir fuir le sujet. Les hospitalisations en psychiatrie s’enchaînaient et je m’inquiétais à chacune d’elle, tout en me disant : elle est en sécurité là-bas…

Un séjour chez elle (le dernier au final) m’a fait un électrochoc. J’ai ce souvenir précis qu’elle ait invité quelques amis (jusque là rien de grave, je n’aime pas trop les gens, tout le monde le sait, mais je suis très sociable. Oui, je sais, c’est paradoxal lol). Mais je ne m’attendais pas à me sentir si mal à l’aise face à ces personnes, à me demander si je n’étais pas en danger (des gens qui semblaient drogués et qui se trimbalaient avec toute une trousse de médicaments, dont certains étaient en lien direct avec la schizophrénie).

Nous avons décidé de dormir sur place comme prévu (oui je n’y suis pas allée seule, sûrement mon célèbre 6ème sens) et de voir, le lendemain, la situation.
Nous avons tous dormi dans la même pièce, même si dormir n’est pas le mot que j’aurais utilisé pour cette nuit là :
en pleine nuit, j’ai vu une ombre se lever à côté de moi et dire « je me casse, je rentre chez moi ».
C’est le cœur serré que j’ai compris que je voulais partir moi aussi.
Au petit matin, j’ai fait tout ce que je déteste : j’ai menti… J’ai inventé un prétexte pour rentrer en urgence.
Ce fut la dernière fois que je l’ai vu.

Nous avons gardé le contact quelque temps mais je n’avais plus la force de faire cette route, malgré tout l’amour que je lui portais. Nos vies étaient très chargées mais les nouvelles étaient très régulières.
Puis le fameux « une semaine sans nouvelle », « un mois sans nouvelle », « deux mois sans nouvelle » etc ont réveillé en moi la curiosité. Mais les recherches internet n’ont plus rien donné : comme si elle n’avait jamais existé.
J’ai retourné la terre entière pour la retrouver avec la crainte d’apprendre son départ définitif (comprendre la greffe qui n’arrive jamais comme pour de nombreux malades malheureusement). Et je n’ai jamais rien trouvé.

J’ai accepté les choses de la vie et j’ai continué la mienne.

Quelques années après, au détour d’un statut Facebook, je me mets à discuter avec la seule amie commune restante. Elle me demande de l’appeler afin de discuter de V. (je préfère garder son anonymat, je ne suis pas là pour régler des comptes). Cette discussion à détruit tout un monde : tout était faux…
V. n’a jamais été malade… Vous avez bien lu : PAS malade !

Voilà pourquoi il ne fallait jamais évoquer sa maladie nulle part…
Son mensonge était si bien rodé qu’elle arrivait à tousser comme une malade…
Je me suis posée dix-mille questions sans jamais comprendre pourquoi… Pourquoi m’avoir menti ? Pourquoi m’avoir fait tant de mal ? Pourquoi inventer un si gros mensonge ? Comment en est-on arrivé là ?

J’avais appris à vivre sans nos échanges, pensant au pire, mais je devais en réalité vivre avec son mensonge. Le mensonge de toute une vie.

Mon cœur s’est brisé ce jour-là et a laissé à tout jamais une trace. Trace qui fait qu’aujourd’hui donner ma confiance en amitié est une réelle épreuve.
Aristote dit que « l’ami est le seul qui permet à un homme de progresser car l’ami véritable est en réalité le miroir dans lequel il est possible de se voir tel que l’on est ».
Lorsque ce miroir se brise, c’est un bout de nous-même qu’on perd.
La psychanalyste Nicole Fabre ajoute quant à elle : « Ce regard sur nous est nourrissant, réconfortant, il enrichit l’image que nous avons de nous-mêmes. Plus que celui de nos parents, puisque l’ami ne nous est pas donné : nous l’avons conquis. »

Aujourd’hui je peux douter très vite en amitié. Je peux douter quand l’excuse qu’on me donne me semble fausse, quand je me sens rejetée…
Et le souci est que dans ce doute-là, je n’ai plus aucune limite. Elle devient démesurée.
Actuellement, pour ne rien vous cacher, je doute d’une amitié que j’ai qualifié jusque-là d’essentielle à ma vie. J’ai commencé à douter il y a quelque temps. Mais à chaque fois je me disais « mais non, tu es en plein délire » (vous connaissez, vous aussi, cette phrase).
Aujourd’hui, tout laisse à croire que je ne délire pas et que les mensonges étaient bien présents.
J’en suis arrivée à analyser le moindre détail de vie (le travail, le couple, le bébé, les projets, les accidents…).

Aujourd’hui, je me demande si les projets communs étaient réels, si les vidéos « preuves » reçues étaient bien d’elle, si l’accident évoqué a bien eu lieu, si le bébé existe vraiment ou si tout n’est que mensonge…
Tout me semble faux et inventé de toute pièce (et je ne vous cache pas que mon cœur s’accélère et mes mains tremblent rien que de l’écrire…).
Mais une question reste et persiste : Pourquoi ? Quel est l’intérêt de me mentir ? À part me voir être naïve, me tester et me regarder souffrir. Mais dans ce cas là : Pourquoi ? Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Je ne suis pas rancunière face à un mensonge à partir du moment où il est explicable.
Tout le monde ment et ce serait utopique de dire qu’il n’y a aucun mensonge dans son groupe d’amis. N’avez vous jamais répondu « oui ça va et toi ? » à cette classique question alors qu’au fond de vous, vous n’alliez pas bien ? C’est un mensonge récurrent qui permet de ne pas rentrer dans des détails qu’on ne souhaite pas étaler.
Tu connais aussi celui-là : « tu viens faire du sport demain matin ? » « désolée, je ne suis pas disponible mais une prochaine avec plaisir » ! On sait que tu mens…
Bien entendu, cela marche avec une invitation à manger, la garde du petit neveu, un déménagement ect…
Ce sont les mensonges autorisés car ils ne causent pas de mal.

Mais qu’en est-il du pardon ? À quel moment le pardon rentre en jeu ?

Pour moi « demander pardon » demande beaucoup de courage. Il s’agit de reconnaître nos failles pour ensuite demander à l’autre de les respecter.
La personne qui reçoit cette demande doit également faire preuve de courage, pour oser dire qu’elle s’est sentie trahie et reconnaitre, quant à elle, sa souffrance.
C’est à ce moment-là que le dialogue s’établit réellement. À l’issue de celui-ci, deux choix sont possibles : soit on pardonne, soit l’amitié prend fin.
Quelle que soit la décision finale, ce dialogue va permettre de mettre du mouvement sur l’avenir. À partir de là, les choses peuvent évoluer et avancer dans la direction choisie.
toutefois, il va rester des traces indélébiles, car la trahison va nous rappeler à quel point la relation amicale peut nous fragiliser aussi fort que ce qu’elle nous renforce.

Pardonner n’est, toutefois, pas une valeur sûre de la durabilité de l’amitié. L’envie de pardonner peut être réellement présente mais l’effort d’acceptation de l’autre dans son entièreté peut se révéler plus difficile que prévu et le pardon peut ne pas suffire à construire un avenir commun.

Afin que l’amitié dure, il est indispensable de sortir de ce jeu de miroirs évoqué par Aristote. Cela va permettre de ne pas idéaliser l’autre comme un alter égo.

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